Je n'ai plus peur, j'existe à partir de la peur, je n'ai pas peur, je me déploie dans le mécanisme de la peur, je n'ai pas peur, je suis déjà dans le systéme de la mort. je suis sans limites.
Moi aussi je suis sans limites quand je descends du train, quand je cours vers les taxis, sans limite quand je quitte ma mére, sans limite quand je me lave dans la nuit, que je frotte ma peau pour me défaire de la mort, pour me defaire de ma honte.Je suis sans limites quand je pense qu'elle a raison, je ne lui donnerai jamais ma place, c'est ma vengeance, que je l'écrase avec mes livres qui sont comme des cercueils, ils contiennent la vie morte, ils sont faits de souvenirs, je suis sans limites quand j'attends la Fille à l'héroïne sous la pluie, sans limites quand je sais que je ne l'aime pas mais que j'ai besoin de ses mots, de sa voix, de ce langage de mort, sans limites quand je regrette de ne pas avoir une arme pour abattre l'homme qui a dit à mon sujet: "je ne savais pas qu'il y avait des putes dans le marais" ; je cours sous la pluie, parce que je dois me défaire de la violence, parce que je dois me défaire de moi, parce que je dois briser le cycle - violence/honte de la violence/punition - , je cours dans une ville que je ne reconnais plus, il y a un vertige de la solitude, il y a un vertige du corps qui se regarde de l'intérieur, j'aimerais savoir, vous comprenez, j'aimerais aussi étre dans vos bras, la nuit, quand je me sens perdue, est-ce qu'on est une droguée quand on fréquente une droguée?